Les marchés attentifs à la stratégie de Casino en Amérique latine

16/05/2019 - -

La récente assemblée générale de Casino a permis de confirmer les grands axes stratégiques du groupe pour les années à venir : le bio, l’Amérique latine et le cash and carry (vente au gros aux particuliers). Les annonces de Casino sont particulièrement attendues et surveillées par les fonds d’investissements. Toujours prompts à mettre en doute sa stratégie de désendettement, ces derniers jouent parfois la carte du pessimisme offensif à des fins de spéculation financière.

L’Amérique latine : un marché vital pour la grande distribution française

Le continent sud-américain, et plus précisément le Brésil, constitue le principal secteur de croissance du groupe, alors que le marché national ne constitue plus que 40% de ses ventes. Ainsi, une vingtaine de magasins Assai (magasins entrepôts) vont être ouverts par Casino au Brésil. Cette stratégie du cash and carry, qui privilégie la vente au gros pour compresser les prix, va aussi être développée en Colombie.
Alors que les chiffres trimestriels du groupe, publiés le 25 avril dernier, ont entrainé une chute de 5,7% de son titre, l’Amérique latine tire son activité vers le haut, avec une croissance de 8,5%. C’est pourquoi les marchés ont été attentifs lorsque des annonces de combinaison des actifs du groupe dans cette zone ont commencé à paraitre dans la presse. Casino a, par la suite, confirmé qu’une réflexion vis-à-vis de ses différentes options stratégiques était en cours, mais qu’aucune décision spécifique ne méritait une annonce au marché.
L’endettement du groupe constitue une préoccupation majeure pour les investisseurs. Pourtant, Casino est l’un des quinze premiers distributeurs mondiaux. En France, il est présent sous les enseignes Casino, Monoprix, Franprix-Leader Price, Vindémia et Cdiscount (e-commerce). En Amérique latine, à travers Latin Retail, il possède les groupes GPA (Grupo Pão-de-Açúcar), Exito, Grupo Disco Uruguay et Libertad. Sa stratégie de rachat d’enseignes locales lui garantit une forte implantation au sein de la population.

Casino mise sur la digitalisation de ses services

Son récent partenariat avec Amazon sur les produits alimentaires, mis en place en mars 2018, va aussi être étendu (il n’était, jusqu’ici, opérant qu’au sein de la région parisienne), et marque le désir du groupe d’approfondir la cession d’une part importante de ses murs : la digitalisation permet en effet de diminuer la présence de magasins sur le territoire tout en s’adaptant aux nouvelles habitudes des consommateurs. Les membres de ce service pourront ainsi sélectionner des produits Monoprix et être livrés gratuitement à domicile dans les deux heures. Cette alliance reconnait, de fait, le poids immense qu’a pris la société américaine dans le quotidien des consommateurs. Des points « Amazon Lockers » seront aussi installés dans 1 000 magasins Casino afin de pouvoir y récupérer des colis commandés sur le site d’Amazon.
Enfin, des produits Casino seront aussi présents sur l’application mobile d’Amazon. Selon Jean-Charles Naouri, PDG de Casino, cette évolution renforce la « stratégie omnicanale » du groupe, qui vise à se rapprocher toujours davantage de ses clients. En parallèle, Casino a annoncé avoir vendu les murs de 32 magasins à Apollo Global Management, un fond d’investissement américain.


Cette stratégie vise aussi à s’adapter aux évolutions du marché brésilien. Ainsi, ces dernières années, les consommateurs brésiliens sont passés, pour un million d’entre eux, au cash and carry, délaissant progressivement les hypermarchés classiques. Cette stratégie pourrait de même être un moyen de contrecarrer la montée d’un autre groupe français sur le marché latinoaméricain : Carrefour, présenté en 2019 comme le premier distributeur du Brésil par l’ABRAS (Association Brésilienne des Distributeurs).

Un groupe scruté par les spéculateurs boursiers et les fonds d’investissement

Lors de l’assemblée générale, les dirigeants de Casino ont réaffirmé leur objectif de réduction de l’endettement sous la barre des 2 milliards d’euros, alors qu’il était passé à 7,5 milliards en 2014.
Engagé depuis plusieurs années dans un plan de cession d’actifs, le groupe peine pourtant à rassurer les investisseurs, inquiets des flux de trésorerie jugés insuffisants.

Début avril, l’agence Moody’s a dégradé la note de crédit de Casino en « Ba3 perspective négative », suivit par Standard & Poor’s, qui a également baissé la note du groupe à « BB- perspective négative ». La cause de ces choix serait ladite incapacité de Casino à générer de la croissance autrement que par la cession de murs et donc d’abaissement des coûts.

Le titre poursuit actuellement sa chute et a diminué de près de 10% en 5 jours. Toutefois, Casino semble être depuis quelques années la cible de spéculateurs boursiers mal intentionnés. Ainsi, en août 2018, le cabinet d’analyse financière américain Muddy Waters publie un tweet portant sur un retard de publication des comptes 2017 de Casino Finance. Suite à cette publication, le titre de Casino chute de 10,22% dans la journée. Or, Muddy Waters pratique la vente à découvert, qui consiste à s’engager à vendre à une date future un titre que l’on ne possède pas encore, à un prix donné. Le pari consiste donc à anticiper une chute du titre, et pouvoir ainsi le vendre plus cher que sa valeur à l’instant de la vente. Aussi, la communication du cabinet pourrait être assimilée à de la spéculation offensive à l’encontre de Casino. Déjà, en 2015, le cabinet avait dénoncé publiquement l’endettement du groupe français.

Nicolas Barré, directeur de la rédaction des Echos et chroniqueur sur Europe 1, avait estimé, en septembre dernier, qu’une quinzaine de fonds d’investissement dans le monde spéculaient actuellement contre Casino, à travers des ventes à découvert. Dans ce contexte, l’information est bel et bien devenue une arme boursière à part entière.

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